Agroforesterie intra-parcellaire
Planter des arbres au milieu d'une culture n'a rien d'anecdotique : c'est un pari écophysiologique sur la complémentarité plutôt que la concurrence entre deux systèmes racinaires — un pari qui se mesure, précisément, avec un indicateur dédié : le LER.
Compétition positive et coefficient d'équivalent terrestre
L'agroforesterie intra-parcellaire associe, sur la même parcelle, des alignements d'arbres et une culture annuelle. Contrairement à l'intuition d'une compétition pure pour les ressources, deux mécanismes écophysiologiques peuvent rendre cette association plus productive que les deux systèmes cultivés séparément :
- Complémentarité pour la lumière — l'étagement vertical entre la culture (basse) et les arbres (hauts) permet de capter davantage de rayonnement total sur une même surface au sol.
- Complémentarité pour l'eau — les racines de l'arbre, pivotantes, explorent les horizons profonds du sol, tandis que les racines de la culture restent superficielles. Cette stratification est en partie forcée par le travail superficiel du sol de la culture, qui empêche mécaniquement les racines de l'arbre de se développer dans l'horizon travaillé.
Le LER — Land Equivalent Ratio
Le LER (coefficient d'équivalent terrestre) mesure si l'association est plus efficiente que la monoculture séparée des deux composantes :
Un LER supérieur à 1 signifie qu'il faudrait plus d'un hectare de chaque système cultivé séparément pour obtenir la même production totale qu'un seul hectare en agroforesterie — preuve chiffrée de la complémentarité. Des essais européens en zone tempérée rapportent des LER généralement compris entre 0,9 et 1,35 selon les associations d'essences et de cultures, avec des valeurs favorables (LER > 1) dans la majorité des cas étudiés après quelques années.
Un LER favorable n'est ni immédiat ni garanti : il dépend fortement de l'âge des arbres (la complémentarité s'installe progressivement, sur plusieurs années), du choix des essences et de la densité de plantation. Présenter l'agroforesterie comme systématiquement gagnante dès la première année serait inexact.
Projet d'agroforesterie sur le GAEC des Trois Sources
2 hectares de céréales, densité 40 arbres/ha
| Poste | Coût / ha |
|---|---|
| Plants (40 arbres/ha, essences locales) | 600 – 800 € |
| Protection anti-gibier | 400 – 600 € |
| Tuteurs | 200 – 300 € |
| Paillage | 150 – 250 € |
| Main-d'œuvre de plantation | 150 – 550 € |
| Total estimé | 1 500 – 2 500 € |
Sur les 2 hectares envisagés, le coût total d'implantation se situerait entre 3 000 € et 5 000 €, sans retour productif significatif des arbres avant plusieurs années. Le GAEC doit donc intégrer cet investissement dans une logique de temps long, très différente de l'horizon annuel habituel des grandes cultures — un changement de posture autant que de pratique.
Accepter un horizon temporel long, sans promesse automatique
- Ne pas présenter l'agroforesterie comme une solution sans risque : la phase d'installation (avant stratification racinaire complète) peut générer une réelle compétition, notamment pour l'eau en climat sec.
- Reconnaître que le retour sur investissement se mesure sur plusieurs années, voire décennies pour la valorisation du bois — un horizon incompatible avec une décision purement annuelle.
- Accompagner l'exploitant dans l'anticipation des contraintes de mécanisation (largeur d'inter-rang, manœuvres du matériel) plutôt que de minimiser ces difficultés.
Calculer et interpréter un LER
- Mesurer le rendement de la culture en zone agroforestière et le comparer au rendement de la même culture en plein champ (monoculture témoin).
- Estimer la production de bois ou de fruits de l'alignement d'arbres, rapportée à une production équivalente en peuplement pur.
- Additionner les deux ratios pour obtenir le LER global de la parcelle.
- Contextualiser le résultat selon l'âge du système : un LER proche de 1 la première année n'est pas un échec, c'est un stade normal avant stratification racinaire complète.
Pièges à éviter
Confondre agroforesterie intra-parcellaire et simple haie de bordure — l'agroforesterie place les arbres au cœur de la parcelle cultivée, avec une logique de stratification racinaire spécifique.
Annoncer un LER favorable dès la plantation, sans tenir compte du délai nécessaire à la stratification racinaire complète.
Sous-estimer les contraintes de mécanisation liées à la présence d'alignements d'arbres dans une parcelle mécanisée.
Quiz de synthèse
Auto-positionnement
Pour chaque compétence, positionnez-vous honnêtement — cela ne sera pas noté, mais orientera vos révisions.
Fiche de calcul du LER
| Composante | Rendement associé | Rendement en pur | Ratio |
|---|---|---|---|
| Culture | ___ q/ha | ___ q/ha | ___ |
| Arbre (bois ou fruit) | ___ unité/ha | ___ unité/ha | ___ |
| LER total | ___ | ||
LER > 1 : association plus efficiente que les monocultures séparées. LER ≈ 1 : équivalence, souvent normale les premières années. LER < 1 : compétition dominante — réexaminer le choix des essences ou la densité.
Pour aller plus loin
- Dupraz, C. & Liagre, F. (2008). Agroforesterie : des arbres et des cultures. Éditions France Agricole.
- Étude de cas Hongrie — association robinier faux-acacia / triticale : LER favorable (0,94–1,35) observé sur la majorité des combinaisons testées à 5 ans. Agroforestry Systems.
- Association Française d'Agroforesterie (AFAF). Guide technique de l'agroforesterie intra-parcellaire.
- Mead, R. & Willey, R. W. (1980). The concept of a Land Equivalent Ratio and advantages in yields from intercropping. Experimental Agriculture, 16(3), 217-228. — référence fondatrice du LER.