Localiser une donnée pour qu'elle reste exploitable
Une donnée biométrique parfaitement mesurée mais mal géoréférencée devient inutilisable en SIG : impossible de la croiser avec une carte d'habitat, de la comparer d'une année sur l'autre, ou de la restituer sur un plan. Le géoréférencement est la jonction entre le geste de terrain (leçon 3) et la bancarisation cartographique (leçon 5-6).
Deux systèmes de coordonnées à ne jamais confondre
Sur le terrain, deux systèmes de référence coexistent en pratique : le WGS84 (système géodésique mondial, utilisé nativement par le GPS et la majorité des applications mobiles) et le RGF93 / Lambert 93 (système officiel français, utilisé par la plupart des couches SIG institutionnelles — IGN, DREAL, Conservatoires). Un point collecté en WGS84 doit être reprojeté en Lambert 93 avant d'être croisé avec les couches officielles du site — l'inverse expose à des décalages de plusieurs mètres, invisibles à l'écran tant qu'on ne zoome pas.
Les bases techniques de conversion, les formats d'affichage des coordonnées, et les pièges classiques de confusion sont détaillés en annexe.
GPS et applications mobiles de collecte
Trois outils dominent la collecte géoréférencée en contexte naturaliste : QField et Mergin Maps (extensions mobiles de QGIS, avec synchronisation cloud), et ODK (Open Data Kit, plus généraliste, orienté formulaires). Le choix dépend surtout de l'écosystème SIG déjà en place sur la structure gestionnaire — inutile d'imposer un outil que personne ne saura reprendre après vous.
Le paramétrage détaillé d'un formulaire QField, avec captures d'écran commentées, est disponible en annexe.
Structurer une fiche de relevé numérique
Un formulaire numérique bien conçu élimine une grande partie des erreurs de saisie avant même qu'elles ne se produisent :
- Champs obligatoires — aucun enregistrement ne peut être validé si un champ critique (date, coordonnées, observateur) est vide
- Listes déroulantes fermées — remplacent le texte libre pour toute donnée catégorielle (espèce, stade, comportement), évitant la multiplication de variantes orthographiques d'une même valeur
- Cohérence des unités — un seul format imposé (mm, pas cm ; degrés décimaux, pas DMS) sur l'ensemble du formulaire
- Géolocalisation automatique — le point est capturé par le GPS de l'appareil au moment de la saisie, sans ressaisie manuelle des coordonnées
Construction du formulaire QField — relevé Cistude à Beauchêne
Le formulaire de collecte pour la session Cistude est conçu en amont pour reprendre exactement les champs de la fiche individuelle papier vue en leçon 3, tout en garantissant un géoréférencement fiable de chaque capture.
| Champ | Type | Contrainte |
|---|---|---|
| Date et heure | Horodatage automatique | Obligatoire, non modifiable manuellement |
| Coordonnées | Géolocalisation automatique (WGS84) | Obligatoire, capturée au moment de la validation de la fiche — pas en fin de session |
| Observateur | Liste déroulante fermée | Noms de l'équipe habilitée pré-remplis, pas de saisie libre |
| Stade / sexe | Liste déroulante fermée | Juvénile / subadulte / adulte mâle / adulte femelle / indéterminé |
| Longueur / largeur carapace | Numérique | Unité fixée en mm, valeur bornée (0-250) pour bloquer une saisie aberrante |
| Photo plastron | Capture image intégrée | Obligatoire si nouvel individu (absence de marque antérieure) |
Le paramétrage technique complet de ce formulaire dans QField (arborescence des couches, configuration des contraintes, synchronisation Mergin) est détaillé en annexe.
Anticiper avant la sortie, pas corriger après
Un formulaire numérique mal conçu ne se répare pas sur le terrain — chaque défaut se propage à tous les relevés suivants jusqu'au retour au bureau. La rigueur attendue ici se joue entièrement en amont.
Paramétrer un formulaire de collecte numérique
Check-list de conception d'un formulaire terrain
Les étapes techniques détaillées de paramétrage (création des champs, contraintes de validation, export vers QGIS) sont regroupées en annexe pour ne pas alourdir cette check-list.
Annexe A — Systèmes de coordonnées : lecture, conversion, pièges classiques
WGS84 (degrés décimaux) — système géodésique mondial, natif sur GPS et smartphones. Une coordonnée s'écrit par exemple 47.9871° N, 0.2153° E. C'est le format le plus courant en sortie de collecte mobile.
RGF93 / Lambert 93 (mètres) — système de projection officiel français, utilisé par l'IGN et la quasi-totalité des couches SIG institutionnelles (DREAL, Conservatoires, Natura 2000). Une coordonnée s'écrit en mètres, par exemple X = 456 823, Y = 6 758 214.
DMS (degrés-minutes-secondes) — ancien format d'affichage encore présent sur certains GPS de randonnée, ex. 47°59'13" N. Il ne doit jamais être saisi directement dans un champ attendant des degrés décimaux : 47°59'13" ≠ 47.59 en valeur numérique, l'écart de conversion place le point à plusieurs kilomètres du bon emplacement.
| Erreur de conversion | Conséquence |
|---|---|
| DMS saisi comme degrés décimaux sans conversion | Décalage de plusieurs kilomètres |
| Point WGS84 affiché tel quel sur une couche Lambert 93 sans reprojection | Décalage de plusieurs centaines de kilomètres (systèmes non superposables sans conversion) |
| Inversion latitude/longitude à la saisie manuelle | Point placé dans un autre hémisphère ou en mer |
Règle pratique : ne jamais ressaisir une coordonnée à la main si l'outil de collecte peut la capturer automatiquement ; en cas de ressaisie obligatoire, toujours vérifier visuellement le point sur une carte avant de valider la fiche.
Annexe B — Paramétrage d'un formulaire QField pour un relevé terrain
Le paramétrage se déroule en amont sur poste fixe, dans QGIS, avant export vers l'appareil mobile via QField ou synchronisation Mergin Maps :
- Créer une couche vecteur de type point, en projection WGS84 (EPSG:4326) pour la saisie terrain
- Définir les champs de la table attributaire (date, observateur, stade, mesures, référence photo) avec le type de données adapté (texte, numérique, date)
- Configurer chaque champ catégoriel en widget « Value Map » (liste déroulante fermée) plutôt qu'en texte libre
- Activer les contraintes de validation (champ obligatoire, valeur bornée) dans les propriétés du champ
- Activer le widget géométrie pour capture GPS automatique au moment de l'ajout d'un point
- Publier le projet vers QField (export direct) ou synchroniser via Mergin Maps pour un usage en équipe avec plusieurs appareils
- Sur le terrain, ouvrir le projet dans QField, vérifier la précision GPS affichée avant chaque validation de point (idéalement < 5 m)
Au retour, le fichier reçu (GeoPackage ou export synchronisé) est déjà en coordonnées WGS84 : la reprojection en Lambert 93 s'effectue dans QGIS via l'outil « Reprojeter une couche » avant tout croisement avec les couches institutionnelles du site.
Ce qui compromet l'exploitabilité SIG de la donnée
| Erreur | Pourquoi elle coûte cher |
|---|---|
| Coordonnées en degrés décimaux confondues avec un format DMS | Décalage de plusieurs kilomètres, souvent invisible sans vérification cartographique |
| Champs texte libre non normalisés (« cistude », « Cistude », « tortue » pour la même donnée) | Impossible de filtrer ou d'agréger correctement les données en SIG sans nettoyage manuel a posteriori |
| Absence de sauvegarde ou de synchronisation vérifiée avant le départ terrain | Perte totale des relevés d'une session en cas de panne ou de perte de l'appareil |
| Reprojection oubliée avant croisement avec les couches institutionnelles | Superposition cartographique fausse, invalidant toute analyse spatiale ultérieure |
Quiz de transfert
Les questions suivantes incluent la correction d'un formulaire mal conçu, pour tester votre capacité à repérer les défauts de structuration plutôt qu'à réciter le formulaire Beauchêne.
Un point est collecté en WGS84 (degrés décimaux) sur le terrain, puis affiché sans reprojection sur une carte en Lambert 93 fournie par la DREAL. Que se passe-t-il ?
Un formulaire terrain propose un champ « espèce observée » en texte libre plutôt qu'en liste déroulante. Quel est le principal risque ?
Une coordonnée notée sur un carnet terrain indique 47°59'13" N. Un champ de saisie numérique du formulaire attend des degrés décimaux. Quelle erreur faut-il éviter ?
Un formulaire mobile capture automatiquement les coordonnées GPS à l'ouverture de l'application, avant que l'opérateur ne se déplace jusqu'au point réel d'observation. Quel est le défaut de conception ?
Avant une session terrain de plusieurs jours en zone sans réseau mobile, quelle vérification est prioritaire concernant le formulaire numérique ?
Dans QField, pourquoi configure-t-on un champ catégoriel en widget « Value Map » plutôt qu'en champ texte simple ?
Score obtenu. Relisez les feedbacks des questions manquées avant de passer à la leçon 5.