Bloc 4 · C4.2 — Recueillir des données écologiques

Géoréférencement de terrain

Un geste techniquement parfait ne vaut rien s'il n'est pas localisé de façon exploitable en SIG. Cette leçon aborde les fondamentaux nécessaires en C4.2 ; les approfondissements cartographiques et SIG sont regroupés en annexes, à consulter selon vos besoins.

1 · Fiche protocole 2 · Sécurité & déontologie 3 · Gestes techniques 4 · Géoréférencement 5 · Contrôle qualité 6 · Capstone terrain
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Savoir

Localiser une donnée pour qu'elle reste exploitable

Une donnée biométrique parfaitement mesurée mais mal géoréférencée devient inutilisable en SIG : impossible de la croiser avec une carte d'habitat, de la comparer d'une année sur l'autre, ou de la restituer sur un plan. Le géoréférencement est la jonction entre le geste de terrain (leçon 3) et la bancarisation cartographique (leçon 5-6).

Deux systèmes de coordonnées à ne jamais confondre

Sur le terrain, deux systèmes de référence coexistent en pratique : le WGS84 (système géodésique mondial, utilisé nativement par le GPS et la majorité des applications mobiles) et le RGF93 / Lambert 93 (système officiel français, utilisé par la plupart des couches SIG institutionnelles — IGN, DREAL, Conservatoires). Un point collecté en WGS84 doit être reprojeté en Lambert 93 avant d'être croisé avec les couches officielles du site — l'inverse expose à des décalages de plusieurs mètres, invisibles à l'écran tant qu'on ne zoome pas.

Les bases techniques de conversion, les formats d'affichage des coordonnées, et les pièges classiques de confusion sont détaillés en annexe.

GPS et applications mobiles de collecte

Trois outils dominent la collecte géoréférencée en contexte naturaliste : QField et Mergin Maps (extensions mobiles de QGIS, avec synchronisation cloud), et ODK (Open Data Kit, plus généraliste, orienté formulaires). Le choix dépend surtout de l'écosystème SIG déjà en place sur la structure gestionnaire — inutile d'imposer un outil que personne ne saura reprendre après vous.

Le paramétrage détaillé d'un formulaire QField, avec captures d'écran commentées, est disponible en annexe.

Structurer une fiche de relevé numérique

Un formulaire numérique bien conçu élimine une grande partie des erreurs de saisie avant même qu'elles ne se produisent :

À retenir Un formulaire numérique se conçoit avant la sortie terrain, pas pendant. Une fois sur le terrain, il est trop tard pour corriger un champ mal structuré — chaque relevé suivant héritera du même défaut.
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Étude de cas

Construction du formulaire QField — relevé Cistude à Beauchêne

Le formulaire de collecte pour la session Cistude est conçu en amont pour reprendre exactement les champs de la fiche individuelle papier vue en leçon 3, tout en garantissant un géoréférencement fiable de chaque capture.

ChampTypeContrainte
Date et heure Horodatage automatique Obligatoire, non modifiable manuellement
Coordonnées Géolocalisation automatique (WGS84) Obligatoire, capturée au moment de la validation de la fiche — pas en fin de session
Observateur Liste déroulante fermée Noms de l'équipe habilitée pré-remplis, pas de saisie libre
Stade / sexe Liste déroulante fermée Juvénile / subadulte / adulte mâle / adulte femelle / indéterminé
Longueur / largeur carapace Numérique Unité fixée en mm, valeur bornée (0-250) pour bloquer une saisie aberrante
Photo plastron Capture image intégrée Obligatoire si nouvel individu (absence de marque antérieure)

Le paramétrage technique complet de ce formulaire dans QField (arborescence des couches, configuration des contraintes, synchronisation Mergin) est détaillé en annexe.

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Savoir-être

Anticiper avant la sortie, pas corriger après

Un formulaire numérique mal conçu ne se répare pas sur le terrain — chaque défaut se propage à tous les relevés suivants jusqu'au retour au bureau. La rigueur attendue ici se joue entièrement en amont.

Réflexe professionnel Avant chaque nouvelle campagne de terrain, tester le formulaire sur un cas fictif complet — y compris les cas limites (individu sans marque, coordonnée en bordure de site) — plutôt que de découvrir un défaut de structuration en pleine session.
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Savoir-faire

Paramétrer un formulaire de collecte numérique

Check-list de conception d'un formulaire terrain

Les étapes techniques détaillées de paramétrage (création des champs, contraintes de validation, export vers QGIS) sont regroupées en annexe pour ne pas alourdir cette check-list.

Annexe A — Systèmes de coordonnées : lecture, conversion, pièges classiques

WGS84 (degrés décimaux) — système géodésique mondial, natif sur GPS et smartphones. Une coordonnée s'écrit par exemple 47.9871° N, 0.2153° E. C'est le format le plus courant en sortie de collecte mobile.

RGF93 / Lambert 93 (mètres) — système de projection officiel français, utilisé par l'IGN et la quasi-totalité des couches SIG institutionnelles (DREAL, Conservatoires, Natura 2000). Une coordonnée s'écrit en mètres, par exemple X = 456 823, Y = 6 758 214.

DMS (degrés-minutes-secondes) — ancien format d'affichage encore présent sur certains GPS de randonnée, ex. 47°59'13" N. Il ne doit jamais être saisi directement dans un champ attendant des degrés décimaux : 47°59'13" ≠ 47.59 en valeur numérique, l'écart de conversion place le point à plusieurs kilomètres du bon emplacement.

Erreur de conversionConséquence
DMS saisi comme degrés décimaux sans conversionDécalage de plusieurs kilomètres
Point WGS84 affiché tel quel sur une couche Lambert 93 sans reprojectionDécalage de plusieurs centaines de kilomètres (systèmes non superposables sans conversion)
Inversion latitude/longitude à la saisie manuellePoint placé dans un autre hémisphère ou en mer

Règle pratique : ne jamais ressaisir une coordonnée à la main si l'outil de collecte peut la capturer automatiquement ; en cas de ressaisie obligatoire, toujours vérifier visuellement le point sur une carte avant de valider la fiche.

Annexe B — Paramétrage d'un formulaire QField pour un relevé terrain

Le paramétrage se déroule en amont sur poste fixe, dans QGIS, avant export vers l'appareil mobile via QField ou synchronisation Mergin Maps :

  1. Créer une couche vecteur de type point, en projection WGS84 (EPSG:4326) pour la saisie terrain
  2. Définir les champs de la table attributaire (date, observateur, stade, mesures, référence photo) avec le type de données adapté (texte, numérique, date)
  3. Configurer chaque champ catégoriel en widget « Value Map » (liste déroulante fermée) plutôt qu'en texte libre
  4. Activer les contraintes de validation (champ obligatoire, valeur bornée) dans les propriétés du champ
  5. Activer le widget géométrie pour capture GPS automatique au moment de l'ajout d'un point
  6. Publier le projet vers QField (export direct) ou synchroniser via Mergin Maps pour un usage en équipe avec plusieurs appareils
  7. Sur le terrain, ouvrir le projet dans QField, vérifier la précision GPS affichée avant chaque validation de point (idéalement < 5 m)

Au retour, le fichier reçu (GeoPackage ou export synchronisé) est déjà en coordonnées WGS84 : la reprojection en Lambert 93 s'effectue dans QGIS via l'outil « Reprojeter une couche » avant tout croisement avec les couches institutionnelles du site.

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Erreurs fréquentes

Ce qui compromet l'exploitabilité SIG de la donnée

ErreurPourquoi elle coûte cher
Coordonnées en degrés décimaux confondues avec un format DMS Décalage de plusieurs kilomètres, souvent invisible sans vérification cartographique
Champs texte libre non normalisés (« cistude », « Cistude », « tortue » pour la même donnée) Impossible de filtrer ou d'agréger correctement les données en SIG sans nettoyage manuel a posteriori
Absence de sauvegarde ou de synchronisation vérifiée avant le départ terrain Perte totale des relevés d'une session en cas de panne ou de perte de l'appareil
Reprojection oubliée avant croisement avec les couches institutionnelles Superposition cartographique fausse, invalidant toute analyse spatiale ultérieure
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Évaluation

Quiz de transfert

Les questions suivantes incluent la correction d'un formulaire mal conçu, pour tester votre capacité à repérer les défauts de structuration plutôt qu'à réciter le formulaire Beauchêne.

Question 1 / 6

Un point est collecté en WGS84 (degrés décimaux) sur le terrain, puis affiché sans reprojection sur une carte en Lambert 93 fournie par la DREAL. Que se passe-t-il ?

Aucun problème, les deux systèmes sont directement compatibles
Un léger décalage de quelques centimètres, négligeable
Un décalage majeur, le point apparaît potentiellement à des centaines de kilomètres de sa position réelle
Le logiciel SIG effectue automatiquement la conversion sans intervention
WGS84 et Lambert 93 ne sont pas superposables sans reprojection explicite : les valeurs de coordonnées n'ont pas la même échelle ni la même origine.

Un formulaire terrain propose un champ « espèce observée » en texte libre plutôt qu'en liste déroulante. Quel est le principal risque ?

Le champ prendra plus de temps à remplir
Des variantes orthographiques multiples de la même espèce empêcheront un filtrage ou une agrégation fiable des données
Le champ ne pourra pas être géolocalisé
Aucun risque particulier si l'observateur est expérimenté
Le texte libre introduit une variabilité de saisie (majuscules, fautes, synonymes) qui complique fortement toute exploitation en base de données ou en SIG.

Une coordonnée notée sur un carnet terrain indique 47°59'13" N. Un champ de saisie numérique du formulaire attend des degrés décimaux. Quelle erreur faut-il éviter ?

Saisir directement « 47.5913 » sans conversion réelle du format DMS vers les degrés décimaux
Convertir correctement en degrés décimaux avant la saisie
Laisser le champ vide en attendant de rentrer au bureau
Demander à un collègue de vérifier la valeur
« 47.5913 » n'est pas la conversion correcte de 47°59'13" — c'est précisément l'erreur de conversion la plus fréquente et la plus coûteuse en géoréférencement terrain.

Un formulaire mobile capture automatiquement les coordonnées GPS à l'ouverture de l'application, avant que l'opérateur ne se déplace jusqu'au point réel d'observation. Quel est le défaut de conception ?

Aucun défaut, la géolocalisation automatique est toujours fiable
Le défaut concerne uniquement la précision du GPS, pas la conception du formulaire
Le formulaire devrait plutôt demander une saisie manuelle des coordonnées
La géolocalisation doit être capturée au moment de la validation de la fiche sur le point réel, pas à l'ouverture de l'application
Une géolocalisation capturée au mauvais moment du flux de saisie associe la donnée à un point erroné, même si la mesure biométrique elle-même est correcte.

Avant une session terrain de plusieurs jours en zone sans réseau mobile, quelle vérification est prioritaire concernant le formulaire numérique ?

Vérifier uniquement la charge de la batterie de l'appareil
Vérifier que le formulaire est esthétiquement soigné
Vérifier le mode de sauvegarde ou de synchronisation hors-ligne, pour ne pas perdre les relevés faute de réseau
Vérifier que le formulaire est traduit en anglais
Sans réseau, une synchronisation en temps réel est impossible : le mode hors-ligne et sa synchronisation différée doivent être testés et fiabilisés avant le départ.

Dans QField, pourquoi configure-t-on un champ catégoriel en widget « Value Map » plutôt qu'en champ texte simple ?

Pour accélérer le géoréférencement automatique du point
Pour transformer la saisie en liste déroulante fermée et éliminer la variabilité orthographique
Pour permettre la synchronisation Mergin Maps, impossible autrement
Pour activer la capture photo associée au champ
Le widget « Value Map » restreint la saisie à une liste de valeurs prédéfinies, exactement l'équivalent d'une liste déroulante fermée sur le terrain.

Score obtenu. Relisez les feedbacks des questions manquées avant de passer à la leçon 5.

Auto-positionnement

Je sais distinguer WGS84 et Lambert 93 et pourquoi la reprojection est nécessaire
Je sais structurer un formulaire de collecte numérique (champs, listes, contraintes)
Je sais repérer un défaut de conception dans un formulaire terrain existant