Bloc B7 — C7.1 › Leçon 7.1i
🎯 Cas pratique · Simulation E7Ce cas pratique mobilise l'ensemble des compétences C7.1 acquises dans les leçons 7.1a à 7.1h. Il se présente sous la forme d'une situation réelle sur le Marais du Rohu, avec 8 questions progressives simulant les attendus du jury E7. Traitez chaque question avant de consulter la correction.
"Le Conservatoire du Littoral, propriétaire des 120 ha du Marais du Rohu (commune de Saint-Gildas-de-Rhuys, 56), mandate le CEN Bretagne pour concevoir et piloter un projet de restauration des chenaux de marée et de mise en place d'un sentier d'interprétation. Le site est classé en ZSC (FR5300019) et ZPS (FR5312009) au titre de Natura 2000, ainsi qu'en ENS du Morbihan. Des espèces patrimoniales sont présentes : Loutre d'Europe, Phragmite aquatique, Spatule blanche. Le site compte également 25 ha de parcelles agricoles privées (élevage extensif) et 15 ha de domaine public maritime.
Le budget envisagé est de 180 000 € TTC, sous réserve des financements obtenus. Le projet devra être présenté au comité de pilotage réunissant le Conservatoire du Littoral, le CEN Bretagne, la commune de Saint-Gildas-de-Rhuys et la DDTM 56, avec dépôt des dossiers de subvention avant la fin du premier trimestre.
Le technicien GPN du CEN Bretagne est chargé de monter l'intégralité du dossier de projet."
a) MOA / MOE et relation juridique
MOA : Le Conservatoire du Littoral — établissement public, propriétaire du site, donne la commande et finance. C'est lui qui valide les livrables et décide in fine.
MOE : Le CEN Bretagne — association loi 1901, gestionnaire mandaté. Conçoit, pilote, coordonne et rend compte au CdL.
Relation juridique : Convention de gestion entre le CdL (MOA) et le CEN Bretagne (MOE), qui définit les missions déléguées, le périmètre d'intervention et les modalités de financement. Le technicien GPN est salarié du CEN — il agit sous l'autorité du directeur du CEN, dans le cadre de la délégation reçue.
b) 3 enjeux (sans verbe d'action)
c) 3 contraintes non-négociables
d) 2 acteurs absents mais incontournables
a) Assujettissement au Code de la commande publique
Oui, le CEN Bretagne est soumis au Code de la commande publique. La condition légale est : personne morale de droit privé, créée pour satisfaire un besoin d'intérêt général, et financée majoritairement (> 50%) par des fonds publics. Le CEN Bretagne remplit les trois critères : association à finalité d'intérêt général (protection de la nature), financé à 62% par des fonds publics (Région, Agences de l'eau, Département, OFB, FEADER). Il doit donc respecter les principes d'égalité d'accès, de transparence et d'efficacité économique pour ses achats.
b) Procédure applicable et document central
55 000 € HT relève de la procédure adaptée (MAPA) — en dessous du seuil de 5 538 000 € HT pour les travaux. Le CEN doit définir librement ses modalités de mise en concurrence en respectant les 3 principes de la commande publique : publicité adaptée, égalité de traitement des candidats, transparence des critères.
Le document central que le technicien GPN rédige est le CCTP (Cahier des Clauses Techniques Particulières). Sa rédaction relève spécifiquement de sa compétence car :
c) Signature de la convention de financement
Non, le technicien GPN ne peut pas signer seul. La chaîne de gouvernance d'une association loi 1901 est : Assemblée Générale → Conseil d'Administration → Bureau → Directeur salarié → Technicien. La signature d'une convention de financement avec l'Agence de l'eau engage juridiquement et financièrement le CEN Bretagne. Seul le président (représentant légal) ou le directeur (si le CA lui a accordé une délégation de signature formelle pour ce type de convention) peut signer. Le technicien prépare et instruit le dossier — il ne signe pas.
a) Accords / autorisations par régime foncier
| Régime foncier | Accord / autorisation nécessaire | Forme |
|---|---|---|
| 80 ha CdL (établissement public) | La convention de gestion CdL/CEN Bretagne existante autorise les interventions dans le cadre du plan de gestion. Les travaux hors convention nécessitent un avenant signé par le CdL. | Avenant à la convention de gestion existante |
| 25 ha parcelles agricoles privées | Accord écrit des propriétaires obligatoire. Option préférée : bail rural environnemental (Art. L411-27 Code rural) avec clauses de non-drainage et de maintien des prés salés. Si refus : DIG par la commune ou l'intercommunalité. | Bail rural environnemental ou convention d'accès amiable |
| 15 ha domaine public maritime | AOT (Autorisation d'Occupation Temporaire) délivrée par la DDTM 56 au nom de l'État. Précaire et révocable. À coordonner avec le dossier loi sur l'eau (même instructeur). | AOT DDTM 56 |
b) 4 procédures réglementaires
| Procédure | Déclencheur | Instructeur | Délai |
|---|---|---|---|
| Évaluation des incidences N2000 (EIN) | Travaux dans le périmètre ZSC + ZPS — obligation systématique. Intégrée au dossier loi sur l'eau. | DDTM 56 (+ avis gestionnaire N2000) | 2–4 mois (selon complexité) |
| Déclaration ou autorisation loi sur l'eau (R214) | Travaux en zone humide. Si surface > 1 ha → autorisation (6–12 mois) ; si < 1 ha → déclaration (2 mois). À préciser après estimation des surfaces. | DDTM 56 | 2 mois (décl.) à 12 mois (auth.) |
| Dérogation espèces protégées (DEP) — Art. L411-2 CE | Travaux susceptibles de détruire ou déranger la Loutre d'Europe (espèce strictement protégée Ann. IV Dir. Habitats). Curage des chenaux = risque sur les zones de repos. | Préfet (DDTM instruit) + avis CSRPN | 6–18 mois — chemin critique |
| AOT domaine public maritime | Travaux sur les 15 ha de DPM (estran et chenaux tidaux). | DDTM 56 (service maritime) | 1–4 mois (coordonner avec loi eau) |
c) Chemin critique et impact calendrier
La Dérogation espèces protégées (DEP) pour la Loutre d'Europe est le chemin critique — avec un délai de 6 à 18 mois. Elle conditionne le démarrage des travaux, quelle que soit l'avancée des autres procédures.
Impact sur le calendrier de subvention : Le délai de dépôt des dossiers de subvention est fixé à T1 (fin mars). Or la DEP ne peut être déposée qu'après des inventaires confirmant la présence et la localisation de la Loutre — ce qui nécessite au moins 1 à 2 mois de terrain. La DEP sera donc déposée en parallèle des dossiers de subvention, et non avant. Les financeurs (Agence de l'eau, FEADER) acceptent généralement de déposer les dossiers avec les procédures en cours d'instruction, à condition que le calendrier prévisionnel de procédures soit clairement présenté. Les travaux ne pourront commencer qu'après obtention de la DEP — soit au mieux 12 mois après dépôt des dossiers de subvention.
a) 4 politiques publiques mobilisables
| Politique | Échelle | Condition d'éligibilité principale |
|---|---|---|
| Natura 2000 (Directives Habitats + Oiseaux) + DCE | Union Européenne | Actions ciblées sur les habitats et espèces du Formulaire Standard de Données (FSD) du site — le CEN Bretagne est animateur N2000 = condition remplie. EIN obligatoire pour les travaux. |
| Stratégie Nationale pour la Biodiversité 2030 (SNB) + Trame Verte et Bleue | Nationale | Le Marais du Rohu est réservoir de biodiversité dans le SRADDET Bretagne. Le PNA Phragmite aquatique vise directement l'espèce présente sur le site — partenariat DREAL Bretagne requis. |
| Programme Breizh Biodiv + FEADER Bretagne | Régionale | CEN Bretagne conventionné Région = éligible. Restauration zones humides côtières = priorité Breizh Biodiv. Sentier d'interprétation éligible FEADER comme valorisation en milieu rural. |
| Politique ENS du Département du Morbihan | Départementale | Site classé ENS Morbihan. Accueil du public prévu (sentier). Convention entre CEN Bretagne et le Département = condition à formaliser. |
b) Bail rural environnemental — fonctionnement
Le bail rural environnemental (Art. L411-27 Code rural) est un contrat de location agricole d'une durée minimale de 9 ans entre le propriétaire des parcelles et un exploitant agricole. Il inclut des clauses environnementales obligatoires que le preneur s'engage à respecter : interdiction de labour, maintien des prés salés en pâturage extensif, limitation des périodes de pâturage pour protéger le Phragmite aquatique en période de nidification, absence de drainage. Ces clauses sont opposables au preneur et à ses successeurs, garantissant la continuité des pratiques favorables sur le long terme même en cas de changement d'exploitant. Le CEN Bretagne joue le rôle d'animateur facilitant la négociation de ces baux avec les propriétaires et exploitants des 25 ha.
a) Calcul des subventions
| Financeur | Assiette | Taux | Montant |
|---|---|---|---|
| Agence de l'eau Loire-Bretagne | 68 200 € | 70% | 47 740 € |
| FEADER Région Bretagne | 23 000 € | 60% | 13 800 € |
| Département Morbihan ENS | 37 200 € | 30% | 11 160 € |
| OFB / Contrats N2000 | 12 000 € | 100% | 12 000 € |
| Total subventions | 84 700 € |
b) Équilibre budgétaire
Total budget : 180 000 €
Subventions obtenues : 84 700 €
Réserves propres CEN : 10 000 €
Bénévolat valorisé : 8 000 €
Total couverts : 84 700 + 10 000 + 8 000 = 102 700 €
Manque : 180 000 − 102 700 = 77 300 € — le budget n'est pas équilibré. Il manque 77 300 € à financer.
Propositions pour combler l'écart :
c) Bénévolat valorisé — doubles écritures
Le bénévolat valorisé (8 000 €) apparaît en dépenses (personnel bénévole — coût fictif du temps des bénévoles évalué à un taux horaire conventionnel) et en recettes (contributions volontaires en nature). Les deux écritures s'annulent sur le résultat net mais augmentent le budget total de 8 000 €, ce qui augmente mécaniquement la part de fonds propres. C'est un mécanisme comptable légal reconnu par les financeurs publics — il permet de démontrer l'engagement de la communauté locale dans le projet.
a) Calcul du coût salarial
b) Prestation externe — HT ou TTC ?
Le CEN Bretagne n'est pas assujetti à la TVA sur ses activités de gestion naturelle — il ne peut donc pas récupérer la TVA payée sur ses achats. La TVA est une charge définitive qui fait partie du coût réel. Il inscrit 8 400 € TTC dans son budget. Les financeurs calculeront leur subvention sur ce montant TTC. Si le CEN inscrivait 7 000 € HT (en déduisant une TVA qu'il ne récupère pas), il sous-estimerait son budget de 1 400 €.
c) Réponse au directeur
Inscrire le salaire net (1 700 €) au lieu du coût salarial total (3 124 €) est une erreur technique grave, pas une astuce de présentation. Lors de l'instruction du dossier, les financeurs (Agence de l'eau, FEADER) demandent systématiquement les bulletins de salaire et les attestations de cotisations pour vérifier les montants inscrits. L'écart entre le net inscrit (1 700 €) et le coût réel (3 124 €) sera immédiatement détecté, conduisant à une réduction de la subvention (calculée sur le montant réel) et potentiellement à un rejet du dossier pour non-conformité. La bonne approche est de présenter le coût salarial total en le justifiant par le ratio brut/charges patronales — les financeurs connaissent ce calcul et l'acceptent parfaitement.
a) Coût de l'Offre Y — intérêts simples (approximation)
Note : avec le taux équivalent mensuel exact = (1,054)^(1/12) − 1 = 0,4393% et des mensualités constantes, le total d'intérêts serait légèrement différent (~1 863 €) — l'approximation par intérêts simples est acceptable pour une estimation rapide.
b) Intérêts en % du capital
1 944 ÷ 36 000 × 100 = 5,4% du capital (cohérent avec le taux annuel sur 12 mois — résultat logique pour intérêts simples sur 1 an).
c) Recommandation
L'Offre X (avance remboursable à 0%) est recommandée — elle économise 1 944 € d'intérêts et son remboursement in fine correspond exactement au fonctionnement des subventions publiques (versées en solde après réalisation). La question est : le délai de 8 semaines (délibération CCGM) est-il compatible avec le calendrier ?
Contrainte calendaire concrète : si les travaux doivent démarrer dans 10 semaines (pour respecter la fenêtre écologique septembre–novembre), alors 8 semaines de délai pour l'avance remboursable laissent une marge de seulement 2 semaines — très juste. Si la délibération prend du retard, le chantier sera retardé hors fenêtre écologique. Dans ce cas, il peut être prudent de déclencher les deux démarches simultanément (demander l'avance ET préparer le dossier bancaire) et choisir l'offre X si elle arrive à temps, ou se rabattre sur l'Offre Y sans perte de temps.
a) Situation A — scission artificielle du marché
La proposition du directeur est illégale. La scission artificielle d'un marché en lots de faible montant pour rester sous les seuils de mise en concurrence est expressément interdite par le Code de la commande publique (Art. L2113-3). L'observatoire ornithologique est une prestation unique — ses trois composantes (charpente, menuiserie, fondations) ne peuvent pas être commandées séparément à trois entreprises distinctes si l'objectif est d'échapper à la mise en concurrence.
Ce que je réponds au directeur : "La scission que tu proposes constitue un fractionnement artificiel interdit par le Code de la commande publique. En cas de contrôle (chambre régionale des comptes, DDTM, FEADER qui contrôle nos marchés sur 5 ans), nous serions exposés à une annulation du marché et potentiellement à la restitution des subventions. À 15 000 € HT, l'observatoire est en dessous du seuil de 40 000 € et n'est donc PAS soumis à procédure formelle — le gré à gré est possible. Si l'observatoire fait partie d'un ensemble avec les autres équipements du sentier et que l'ensemble dépasse 40 000 € HT, une MAPA s'impose mais c'est une procédure simple et protectrice."
b) Situation B — la garantie du retour de la Loutre
"Je comprends l'attente que vous exprimez et je vais vous répondre avec la rigueur scientifique que vous méritez. Ce projet ne peut pas garantir le retour de la Loutre sur le site dans 3 ans — ce serait vous induire en erreur. Le comportement d'un mammifère sauvage dépend de facteurs hors de notre contrôle : présence d'individus sur les territoires voisins, disponibilité des proies, niveau de dérangement humain, domaine vital de l'espèce. Ce que nous pouvons vous garantir, ce sont les résultats sur lesquels nous avons une maîtrise : la restauration de 600 mètres linéaires de chenaux dans le respect des prescriptions de la dérogation espèces protégées, la mise en oeuvre d'un protocole de suivi de la Loutre sur 5 ans avec un protocole standardisé, et l'amélioration mesurable de la fonctionnalité hydraulique du site. Si les conditions écologiques sont favorables — ce que la restauration favorisera — la probabilité de présence de la Loutre augmentera. C'est l'objectif, pas la garantie."
c) Les 3 points critiques du montage
Marais du Rohu — résumé de vos auto-évaluations
💡 Ce que le jury vérifie globalement sur C7.1
Le jury E7 évalue la cohérence globale du montage de projet — pas seulement des réponses isolées. Il vérifie que le candidat articule enjeux → politiques → procédures → budget → marchés de façon logique et professionnelle. Les 8 questions de ce cas pratique couvrent exactement cette articulation sur un territoire réel. Si vous avez retravillé des points, les leçons 7.1a à 7.1h sont organisées par thème avec des renvois précis.