Les services écosystémiques rendus par la forêt de tête de bassin
Territoire fil rouge : bassin versant de la Vionne. Ce premier arrêt se situe à l'amont — la forêt domaniale de Vionne-Haute, 900 hectares en tête de bassin, point de départ de toute la chaîne de services que nous suivrons jusqu'à la mer.
- Mobiliser la typologie CICES (approvisionnement, régulation & maintenance, culturels) sur un cas forestier chiffré.
- Distinguer stock et flux dans la comptabilisation du service de régulation climatique.
- Identifier la tension structurelle entre production ligneuse et biodiversité, et la relier au référentiel de certification PEFC.
- Construire un argumentaire d'arbitrage territorial mobilisable à l'oral E7/E8.
Forêt domaniale de Vionne-Haute
- Surface totale
- 900 ha
- Altitude
- 180 – 340 m
- Composition
- Hêtraie-chênaie (600 ha) · Douglasaie de production (300 ha)
- Âge des peuplements
- Feuillus ≈ 85 ans (futaie régulière) · Douglas 35–60 ans
- Îlots de sénescence
- 12 îlots classés, 45 ha au total
- Certification
- PEFC (schéma français en vigueur)
- Position hydrographique
- Tête du bassin versant de la Vionne
- Fréquentation estimée
- ≈ 45 000 visites/an
Ce que la forêt fournit directement
Sur les 600 ha de futaie feuillue exploitée, la récolte annuelle moyenne s'établit à 4,5 m³/ha/an, soit environ 2 700 m³/an, répartis entre sciage (hêtre, chêne) et bois-énergie issu des houppiers et taillis. La douglasaie, plus jeune, n'est pas encore entrée en phase de récolte principale — elle ne fait l'objet que d'éclaircies de régulation.
À cela s'ajoutent des produits non ligneux moins visibles dans les statistiques mais réels sur le plan des usages : cueillette de champignons en zone réglementée, plan de chasse chevreuil/sanglier, et historiquement un prélèvement de litière forestière par les éleveurs du Pays de Vionne — un exemple concret du lien entre le milieu forestier amont et l'activité agricole que nous étudierons au chapitre 4.2.
Le compartiment le plus dense en enjeux
Stock et flux de carbone — une distinction à ne pas confondre
Selon les données nationales de l'IGN, la biomasse forestière française stocke en moyenne 75 à 78 tC/ha, et les sols forestiers (0–30 cm) une quantité sensiblement équivalente. Pour un massif mixte feuillu-résineux d'âge moyen comme Vionne-Haute, on retient une hypothèse de travail d'environ 150 tC/ha cumulées (biomasse + sol), soit un stock total de l'ordre de 135 000 tC sur l'ensemble du massif — l'équivalent d'environ 495 000 t CO₂.
Ce stock ne doit pas être confondu avec le flux annuel de séquestration : la croissance biologique nette du massif ajoute chaque année environ 1,8 tC/ha/an sur les surfaces non récoltées récemment, soit environ 1 540 tC/an supplémentaires — près de 5 650 t CO₂/an séquestrées.
Point de vigilance pédagogique : le bois récolté n'est pas assimilable à du carbone perdu pour l'atmosphère. Une partie reste stockée, à plus ou moins long terme, dans les produits bois (charpente, ameublement), et l'usage du bois en substitution d'autres matériaux plus émissifs (béton, acier) ou en substitution énergétique génère un effet évité complémentaire, distinct du stockage proprement dit.
Régulation du régime hydrique et protection contre l'érosion
Le couvert forestier intercepte une fraction des précipitations — généralement estimée entre 15 et 25 % selon la densité du houppier et la saison — et ralentit le ruissellement de surface, favorisant une recharge différée des nappes qui alimentent en aval les cours d'eau du Pays de Vionne. Sur les secteurs à forte pente du massif (environ 180 ha à plus de 15 % de pente), le système racinaire joue un rôle de stabilisation du sol qui limite le transport de sédiments vers l'aval — un service directement mobilisable lorsque nous traiterons, au chapitre 4.6, les interactions amont-aval du bassin versant.
Ce que la forêt représente pour ses usagers
Avec environ 45 000 visites annuelles, Vionne-Haute est identifiée dans les documents d'urbanisme du Pays de Vionne comme un élément structurant du paysage de bassin versant. La randonnée, le VTT et la chasse constituent les usages récréatifs dominants ; s'y ajoute une valeur patrimoniale plus diffuse, liée à l'ancienneté du massif et à la présence de secteurs en libre évolution (îlots de sénescence), de plus en plus valorisés dans le débat public autour de la notion de naturalité.
Bois mort et certification PEFC : un arbitrage chiffrable
Le massif est certifié PEFC. Le schéma français de certification forestière impose, sur chaque hectare, la conservation d'au moins un arbre mort ou sénescent, un arbre à cavités visibles (vieux ou très gros), ainsi que du bois mort au sol de toutes dimensions et de toutes essences. Le référentiel entré en application en 2026 renforce encore ces exigences de rétention.
Chaque mètre cube de bois mort maintenu au titre de ce référentiel est un mètre cube non valorisé économiquement à court terme. C'est aussi un habitat pour la biodiversité saproxylique et un stock de carbone qui continue de se décomposer lentement plutôt que d'être immédiatement exporté vers la filière. L'arbitrage n'est donc pas seulement écologique : il est aussi économique, et directement lisible dans le cahier des charges de gestion.
Arbitrage sylvicole à 20 ans
Le gestionnaire de la forêt de Vionne-Haute doit arbitrer entre deux scénarios pour les 200 ha de douglasaie qui arriveront à maturité dans les prochaines années.
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Quiz — 4 questions
Les questions et les propositions de réponses sont mélangées à chaque chargement de la page. Une seule réponse est correcte par question.
- Millennium Ecosystem Assessment, 2005. Ecosystems and Human Well-being: Synthesis. Island Press, Washington DC.
- TEEB, 2010. The Economics of Ecosystems and Biodiversity: Mainstreaming the Economics of Nature. Sous la direction de Pushpam Kumar.
- Haines-Young R., Potschin M., 2018. Common International Classification of Ecosystem Services (CICES) V5.1 — Guidance on the Application of the Revised Structure.
- Díaz S. et al., 2018. « Assessing nature's contributions to people. » Science, 359(6373), p. 270-272.
- Gómez-Baggethun E., Ruiz-Pérez M., 2011. « Economic valuation and the commodification of ecosystem services. » Progress in Physical Geography, 35(5), p. 613-628.
- IGN, 2020. Indicateurs de gestion durable des forêts françaises métropolitaines — Indicateur 1.4 : Carbone.
- PEFC France, 2025. Schéma de certification forestière — Gestion forestière durable, guide de mise en œuvre, PEFC/FR GD 3003-1.
- ONF. Fiches techniques — Services écosystémiques rendus par les écosystèmes forestiers.